Les bons comptes font les bons crus ?

Cette semaine j’ai eu la chance d’avoir dans mon verre la cuvée Tricolore du Domaine Leandre-Chevalier dans le Blayais, une bouteille estimée quand même à 3240€
 

J’ai donc pu tester pour la première fois la dégustation de vin hors de prix et il faut dire que c’est assez atypique comme ambiance. Une fois le moment de joie à la vue de l’étiquette passé, personne n’ose tremper ses lèvres, la main tremblante, effrayés à l’idée de renverser l’équivalent de notre loyer ou presque sur le sol. J’ai fini par me lancer, sans recracher bien sûr (à 100€ la gorgée ça paraîtrait un peu impoli), et j’ai savouré. C’est fruité, frais, puissant, avec des tannins élégants…mais à boire sur invitation comme des Petrus, Margaux et autres Romanée-Conti.

Malgré l’heure matinale j’ai fini mon verre avec plaisir mais sincèrement, est-ce qu’un vin vaut vraiment un tel prix ? Question compliquée qui n’a pas de réponse toute prête. Difficile de définir la valeur d’un produit pareil, soumis à autant de variables : l’appellation, la renommée, la qualité, le personnel, le mode de vinification…et surtout le goût de chacun. Car oui il existe certainement dans ce monde des personnes qui recracheraient un Petrus 1982
Et c’est ce caractère subjectif, comme dans l’art, la musique, qui fait qu’il est très difficile de connaître la valeur monétaire d’un vin. On m’avait ainsi raconté qu’à une dégustation de la Maison Leroy (excellent domaine bourguignon que sa réputation précède), une personne l’avait trouvé « pas trop mal pour un rouge » devant les regards médusés d’admirateurs faisant la queue pour pouvoir accéder à quelques gorgées de leurs grands crus. Car avant d’être une affaire d’argent, c’est surtout une affaire de goût. Et il y a aussi le caractère psychologique qui rentre en jeu, à savoir, achèteriez-vous une bouteille de Gevrey-Chambertin à 20€ ?

 

Pour la musique c’est pareil même si je préfère investir 500€ dans une bonne bouteille plutôt que pour un concert de Madonna, meilleur potentiel de garde et pas de tricherie sur la qualité. Il existe en effet tout une gamme de grands crus musicaux qui ont atteint des sommets en matière de prix et en voici le Top 5 :


#1 John Lennon – Double Fantasy (1980) 
vendu 600 000$
 

Cet album signé 5h avant la mort de Lennon a servi de preuve pour l’enquête autour de Mark Chapman qui avait obtenu l’autographe avant de tirer sur le Beatles. Vendu une première fois en 1999 pour 150 000$, ce n’est que récemment qu’une deuxième vente a eu lieu, atteignant les 600 000$ pour satisfaire la fascination un peu morbide (avouons-le) d’un riche acheteur.





 
#2 The Beatles Yesterday and Today (1966) 
vendu entre 45 000$ et 85 000$
 

La sortie de cette pochette jugée choquante avait été annulée et les 14 exemplaires déjà édités sont restés pendant 20 ans chez Alan Livingston, patron de l’époque de Capitol Records, jusqu’à ce que son fils tombe dessus et décide de les revendre à prix d’or.

 
 
 
 
 
 
#3 Bob Dylan – The Freewheelin’ (1963) 
vendu entre 10 000$ et 40 000$

Accidentellement remis en vente cet opus contient 4 titres inédits non retenus pour la sortie finale. Les copies mono valent 10 000$ et pour le stereo il faudra économiser quelques 45 000$.

 
 
 
 
 
 
 
 
#4 The Velvet Underground – The Velvet Underground & Nico (1966)
vendu 25 000$
Si celui-ci vaut 25 000$ c’est parce qu’il propose des versions différentes des morceaux de l’album que l’on connaît et surtout (surtout !) un ordre différent des chansons.
 
 
 
 

 
 
#5 Pink Floyd – The Dark Side of the Moon version inversée 
vendu 2 495£
 

Le fossé se creuse et à partir de maintenant on atteint des prix (plutôt) raisonnables, ici c’est la rareté qui prime plutôt que l’histoire qui entoure l’album. Il s’agit d’une édition limitée pour le public japonais qui n’a pas été imprimée correctement (l’image est donc à l’envers) et a rapidement été retirée des ventes.

 
 

Comme disait ma grand-mère (je suis une fille assez traditionnelle au fond) les pigeons c’est fait pour être plumé, alors plumez-nous producteurs de grands crus et découvreurs d’œuvres en éditions limitées des décennies plus tard parce qu’au fond, même si on ne l’admettra jamais et qu’en bons français on préfèrera toujours se plaindre, on aime bien ça.

Verdict : Bon ok, si j’avais 90 000€ à claquer je prendrais bien un verre de Krug en écoutant Yesterday and Today.

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About drinkabeat (113 Articles)
Sudiste ayant migré à Bordeaux pour le Master Wine Marketing & Management de l'INSEEC, évolue depuis à mi-chemin entre la music nerd et la wine lover. Parce que les tribulations vinicoles ne se résument pas qu'à des beuveries (dés)organisées, s'engage dans une vision décomplexée du vin.

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